Entretien du matériel militaire après une sortie humide

Entretien du matériel militaire : sac et veste trempés au retour d’une sortie sous la pluie

Entretien du matériel militaire après une sortie humide

Entretien du matériel militaire : sac et veste trempés au retour d’une sortie sous la pluie

La nuit est tombée depuis une heure quand vous posez le sac dans l’entrée. Huit kilos de matériel trempé, les gants qui pèsent le double de leur poids sec, la veste qui dégouline encore sur le carrelage. L’envie du moment, c’est la douche chaude et le lit avant l’inventaire du paquetage. C’est pourtant là que se joue l’entretien du matériel militaire, dans l’heure qui suit le retour et pas le week-end suivant.

Le geste qui coûte cher, c’est de refermer le sac et de tout remettre au lendemain. Demain, l’humidité attaque déjà le cuir, la colle des semelles et le sac de couchage tassé au fond du paquetage. Ce qui suit est la méthode, dans l’ordre, pour que huit kilos de matériel humide redeviennent huit kilos de matériel prêt à repartir.

L’essentiel : l’entretien après une sortie humide désigne les gestes qui séparent, sèchent et remettent en état le matériel au retour du terrain. Il s’agit d’agir avant que l’humidité n’attaque le cuir, la membrane ou le duvet. Nous recommandons de traiter tout le paquetage dans les 24 heures qui suivent une sortie humide.

Que faire dans l’heure qui suit le retour ?

Videz le sac entièrement, sur une bâche ou à même le sol d’une pièce que vous pouvez aérer. Ouvrez toutes les fermetures, poches comprises, avant de trier quoi que ce soit. Séparez ensuite le trempé de l’humide, et sortez à part le cuir et le métal : ils n’attendent pas. Le reste, textile et coton, peut patienter le temps que vous traitiez les pièces sensibles.

Veste de terrain posée sur une barrière en bois pour sécher à l’air libre

Vider, ouvrir, étaler

Retournez les poches, sortez les cartes et le contenu du porte-documents, dépliez tout ce qui peut l’être. Un sac refermé humide travaille contre vous des heures durant, sans que rien ne le signale. Étalez chaque pièce séparément, sans les empiler, pour que l’air circule partout à la fois.

Le plus tôt possible, dans l’heure si vous le pouvez. Une nuit de plus dans un sac fermé ne se rattrape pas au séchage. Ce qui se voit, c’est le paquetage rouvert le surlendemain, et l’odeur qui l’accompagne.

L’ordre de priorité

Le cuir et le métal d’abord : boucles, mousquetons, semelles, ils marquent et rouillent vite. Le textile technique ensuite, membrane et coutures thermosoudées. Le coton en dernier, il sèche lentement mais ne craint presque rien entre-temps.

Une nuit passée en bivouac sous abri léger laisse ce genre de paquetage : condensation sur la toile, duvet qui a pris l’humidité ambiante. Le treillis, lui, n’a parfois pas fini de sécher depuis la veille. Le tri ci-dessus s’applique encore plus strictement au retour de ce genre de nuit.

Comment sécher sans abîmer ?

Chaque matière a sa logique de séchage, et aucune ne supporte la chaleur directe. Le cuir craque, la membrane perd de son efficacité, le duvet se casse s’il sèche tassé. Une source de chaleur donne l’impression d’accélérer les choses, alors qu’elle abîme justement ce qu’elle devait préserver.

Sac à dos tactique et gant suspendus à un arbre pour sécher après une sortie humide

Quand le temps interdit de sécher dehors, ventilez largement la pièce : fenêtre ouverte même en hiver, plutôt que tout entasser devant un radiateur. L’ADEME rappelle qu’un air trop chargé en humidité favorise la prolifération des moisissures et des acariens. La remarque porte sur le séchage du linge en intérieur, et elle vaut tout autant pour un paquetage complet de sortie. Répartissez chaque pièce avec de l’espace autour, l’air doit circuler partout à la fois.

Avertissement de L’Escadron : plusieurs kilos de matériel qui sèchent dans une pièce fermée chargent l’air en humidité plus vite qu’on ne l’imagine. Cette humidité favorise moisissures et acariens, dont les spores pèsent sur les voies respiratoires des personnes fragiles et des enfants. Ce paragraphe ne remplace pas un avis médical : en cas de gêne respiratoire dans la pièce de séchage, consultez.

Le cuir des rangers

Entretenir ses rangers commence toujours par le même geste : semelles sorties, laçage desserré au maximum. Bourrez l’intérieur de papier journal froissé, sans encre grasse si possible, et changez ce bourrage dès qu’il est saturé. Pour le séchage du cuir, misez sur la température ambiante et un courant d’air, jamais sur une source de chaleur directe.

Note de L’Escadron : un cuir mouillé séché trop vite près d’une chaleur durcit et se fendille, et la colle de semelle souffre la première. Tenez vos rangers à distance de tout radiateur et de tout feu, même si la tentation est grande un soir d’hiver. Un séchage à température ambiante, dans un courant d’air naturel, prend plus de temps mais préserve le cuir pleine fleur et la semelle. Ce délai supplémentaire coûte moins cher qu’une paire de rangers à refaire ressemeler.

Brodequin en cuir couvert de boue au retour d’une marche en terrain détrempé

Le textile technique et la membrane

Ne posez jamais une veste à membrane sur un radiateur. Le dessus paraît sec en quelques minutes quand les coutures et la doublure sont encore humides. Suspendez-la plutôt sur un cintre large, fermetures ouvertes, dans la pièce que vous ventilez. Retournez-la à mi-séchage pour que l’intérieur profite autant de l’air que l’extérieur.

Les extrémités : gants, cagoule, bonnet

Séparez chaque gant à plat, doigts écartés, pour qu’aucune poche d’air humide ne reste coincée à l’intérieur. Le séchage des gants et de la cagoule en fin de journée est déjà traité dans notre article pour protéger ses extrémités du froid. La méthode ne change pas au retour de sortie. Le bonnet en laine ou synthétique sèche vite à plat, à l’écart d’un radiateur comme le reste.

Gants militaires en cuir, séchés à température ambiante après une sortie humide

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Le duvet et les garnissages synthétiques

Sécher un sac de couchage sans tasser le garnissage demande un seul réflexe. Sortez-le de sa housse de compression dès que vous posez le sac, même s’il n’a pas servi. Suspendez-le ou étalez-le à plat, jamais roulé, pour que le garnissage retrouve son volume. Secouez-le doucement de temps en temps : le duvet et les fibres synthétiques regagnent ainsi leur pouvoir gonflant (leur capacité à emprisonner l’air).

La remise en état

Le séchage n’est que la moitié du travail. Une fois sec, reste à laver ce qui doit l’être et à redonner au tissu sa capacité à repousser l’eau. Vérifiez enfin les coutures, puis rangez l’ensemble pour qu’il tienne jusqu’à la prochaine sortie.

Textile vert olive plié après lavage, prêt à être rangé jusqu’à la prochaine sortie

Laver, et à quelle fréquence

Lavez le treillis quand il est sale, taché ou chargé de sueur séchée, pas après chaque sortie par principe. Un aérage complet et une brosse suffisent la plupart du temps entre deux lavages. Quand le lavage s’impose, choisissez un cycle froid, sans adoucissant : il bouche les fibres et casse la déperlance du tissu. Ne surdosez pas la lessive non plus, elle rince mal et laisse un résidu qui attire l’humidité.

Relancer la déperlance

La déperlance faiblit avec les lavages, la poussière et les frottements répétés sur les épaules et les genoux. Imperméabiliser une veste militaire qui ne déperle plus commence par un nettoyage sans adoucissant, sur un tissu ensuite parfaitement sec. Un spray déperlant appliqué à ce moment referme l’effet pour plusieurs sorties. Certains traitements se réactivent aussi à la chaleur douce, mais c’est l’étiquette du vêtement qui le dit, jamais le geste par défaut. Sur le cuir, la logique change : une graisse pour cuir nourrit la fibre et referme sa résistance à l’eau.

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Coutures, velcros et insignes

Vérifiez chaque couture visible après une sortie humide, en particulier à l’entrejambe et sous les bras, là où l’humidité stagne. Rincez les velcros à l’eau claire quand ils accrochent moins bien, la boue séchée dans les crochets suffit à casser l’adhérence. Contrôlez aussi la fixation des insignes de grade de l’armée de Terre et des écussons : un point qui lâche emporte vite le reste de la couture.

Ranger jusqu’à la prochaine sortie

Ne remisez rien tant qu’une pièce garde la moindre trace d’humidité, même légère. Rangez fermetures et velcros ouverts, pour que l’air continue de circuler dans le placard ou le sac de transport. Le sac de couchage se range en vrac, dans un grand sac respirant, jamais comprimé des mois dans sa housse. La compression prolongée tasse durablement le garnissage.

L’astuce de L’Escadron : changez le bourrage papier des rangers au bout de quelques heures plutôt que de le laisser toute la nuit. Gorgé d’eau, il ne prend plus rien. Deux ou trois remplacements dans la soirée valent mieux qu’un seul paquet laissé jusqu’au matin.

Le matériel qui dure est celui qu’on remet en état

Un retour de sortie humide se joue en trois temps : vider et trier dans l’heure, sécher chaque matière selon sa logique propre. Vient ensuite la remise en état : laver, redonner au tissu sa résistance à l’eau et ranger avant la prochaine sortie. Aucune de ces étapes ne demande d’équipement particulier, seulement de la régularité et le réflexe de ne pas refermer un sac mouillé.

Le matériel qui tient plusieurs saisons est celui qu’on a rouvert, séché et vérifié après chaque sortie qui l’a mis à l’épreuve. La régularité y fait plus que le budget d’achat. Un prochain article reviendra sur le sujet par un autre bout, celui du vêtement et de ce qu’il devient au fil des lavages.

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