Première semaine au régiment, au sortir de sa formation initiale. Sur le programme de la semaine, affiché dans le couloir de la compagnie, le jeune engagé lit deux lignes : lundi, prise d’armes en T31 ; du mardi au vendredi, terrain en T41. Il sait quoi sortir de son armoire, sans avoir jamais compris pourquoi ces deux codes renvoient au même treillis.
Le caporal-chef de son groupe lit le même programme sans s’arrêter. Pour lui, la lecture est immédiate, presque machinale. Chaque code désigne une tenue précise de l’uniforme militaire français, fixée par un texte de l’état-major et liée à une circonstance. Voici la carte de ces tenues, de la vareuse de cérémonie au nouveau treillis de l’armée de Terre.
L’essentiel : L’uniforme militaire français désigne l’ensemble des tenues réglementées que portent les militaires. Dans l’armée de Terre, l’instruction n° 10300 les range en quatre catégories : réceptions, tenue terre de France, prises d’armes et combat. Depuis décembre 2024, le treillis de combat passe au bariolage multi-environnement, le BME.
Quelles sont les tenues de l’armée de Terre ?
L’armée de Terre classe ses tenues en quatre catégories, des réceptions au terrain. Chaque tenue répond à une circonstance, et un code de deux chiffres dit au militaire quoi mettre. Ce classement vient de l’instruction n° 10300 de l’état-major de l’armée de Terre, datée de 2005 et toujours en vigueur.
Les codes T21, T22, T31 et T41
Quatre codes couvrent la cérémonie, le service courant, la prise d’armes et le terrain. Deux d’entre eux figuraient déjà sur le programme de la semaine.
| Code | Circonstance | Base de la tenue |
|---|---|---|
| T21 | Cérémonie, réception, visite officielle | Vareuse terre de France, chemise blanche, cravate, képi, gants blancs |
| T22 | Service courant, hors service sans caractère de cérémonie | Effets terre de France, composition choisie par le militaire |
| T31 | Prise d’armes avec troupe | Treillis avec décorations et insignes d’unité |
| T41 | Opérations et exercices | Treillis avec ceinturon et équipements |
L’instruction prévoit la T22 en service courant comme en dehors du service, dès que la journée n’a rien d’une cérémonie. La T21 sert aux cérémonies en intérieur, aux réceptions et aux visites officielles, gants blancs compris. La T31 et la T41 partent du même treillis : seuls changent les attributs qu’on y ajoute.
Note de L’Escadron : En métropole, le premier chiffre du code donne la catégorie : 1 pour les réceptions, 2 pour la terre de France, 3 pour les prises d’armes, 4 pour le combat. Le second chiffre précise la circonstance ; la T45, par exemple, est la tenue de sport. Outre-mer, les tenues de réception et de cérémonie suivent une autre numérotation.
La tenue terre de France
La tenue terre de France arrive au tournant des années 1990. Elle remplace le kaki et met fin à la distinction entre tenue d’été et tenue d’hiver. Les officiers la portent, comme les militaires qui ont achevé leur période probatoire.
Sa base tient en quelques pièces : la vareuse et le pantalon terre de France, le képi, la chemise et une cravate noire, verte pour la Légion étrangère. Le grade, lui, se porte aux épaules. L’article consacré aux galons explique comment lire un grade sur les fourreaux d’épaules.
En T21, la chemise est blanche et les gants aussi. La tenue T22 obéit à une autre logique : modulaire, elle est composée par le militaire lui-même, qui l’adapte à ses conditions de travail dans les limites fixées par l’instruction. Chemise à manches longues et cravate, ou chemisette sans cravate : la combinaison varie d’un poste à l’autre.

La prise d’armes en tenue de combat
Un civil qui assiste à sa première prise d’armes s’attend à voir des vareuses alignées. Il découvre des treillis. L’instruction fait en effet du treillis, en T31, la principale tenue de prise d’armes de l’armée de Terre. Il se complète du béret ou du képi, de la fourragère si la formation en est dotée, des décorations et des insignes d’unité.
La règle suivante tient en une ligne : un seul type de tenue par formation sous les armes. Une compagnie en prise d’armes ne mélange donc pas vareuses et treillis dans ses rangs. Les tenues de tradition ont leurs propres codes, présentés plus bas.
Quelle est la nouvelle tenue de combat de l’armée française ?
L’armée de Terre passe au bariolage multi-environnement, abrégé BME, imprimé sur le treillis modèle F3. Distribué dans les régiments depuis décembre 2024, il remplace les bariolages Centre-Europe et désert par un seul treillis pour tous les terrains.
Du pantalon garance au Centre-Europe
En août 1914, les fantassins français partent en capote gris de fer bleuté et en pantalon rouge garance, leur signe distinctif depuis 1829. Cette tenue très voyante cède la place au bleu horizon, adopté en août 1915 et généralisé à l’automne 1916. Pendant la guerre, le peintre Louis Guingot propose même à l’armée une tenue bariolée ; elle lui préfère le bleu.

L’entre-deux-guerres apporte le kaki, qui restera la couleur de l’armée de Terre pendant cinquante ans. Écarté pendant la Grande Guerre, le bariolé s’impose ensuite au fil du XXe siècle. Le Centre-Europe en devient le standard, pour trente ans.
Ce que change le BME
Le ministère des Armées présente le treillis BME comme la nouvelle tenue du combattant. Sa fiche sur le treillis BME de l’armée de Terre détaille trois pièces : un pantalon, une chemise de combat et une chemise tactique, à porter avec le gilet pare-balles.
Le motif compte six couleurs, contre quatre pour le Centre-Europe. L’une d’elles, le brun terre de France, a été créée par l’armée de Terre pour ce camouflage : à ne pas confondre avec la vareuse au nom voisin. Les taches, grandes et petites, s’estompent en dégradés. Des formes triangulaires rappellent le camouflage des véhicules du programme Scorpion.
Le BME couvre les milieux herbeux, urbains et désertiques, en France comme en opération extérieure. Selon l’armée de Terre, il retarde de 25 % la détection du soldat. La section technique de l’armée de Terre reprochait au Centre-Europe le noir de ses taches, ses formes grandes et tranchées, et l’absence de dégradé.
L’astuce de L’Escadron : Pour distinguer un BME d’un Centre-Europe au premier regard, observez le bord des taches. Le BME passe d’une couleur à l’autre en dégradé, avec de petites formes triangulaires et des taches de végétation verticales qui cassent l’alignement des autres. Le Centre-Europe pose ses quatre couleurs en taches franches, sans aucun dégradé.
L’armée de Terre dévoilait le BME en 2022, porté en avant-première par ses soldats, plus de deux ans avant sa distribution dans les régiments :
Le chandail et les couches de la tenue de combat
En opération et en exercice, la T41 se monte par couches : pantalon et veste de combat, chemise de combat avec ou sans chandail (le pull de l’uniforme), puis l’ensemble intempéries, parka et surpantalon, avec ou sans fourrure polaire. Les brodequins de marche et le ceinturon avec ses équipements complètent la tenue.
Après un exercice sous la pluie, ne rangez pas ces couches humides. La remise en état de la tenue après une sortie humide fait l’objet d’un article à part.
Le chandail a ses propres règles de port. Il peut devenir vêtement de dessus à l’intérieur des bâtiments et dans les véhicules. Hors de l’enceinte militaire, il est toléré avec le béret ou le képi. Porté dessus en T22, il exclut la fourragère, les aiguillettes et les insignes métalliques de brevet.
Bérets, képis et tenues de tradition
Le béret militaire change de couleur selon l’unité où l’on sert. Le képi accompagne la vareuse et les tenues de tradition, dont certaines remontent au XIXe siècle.

Les couleurs du béret
Regardez d’abord le béret. Sa couleur situe le militaire dans l’armée de Terre, bien avant qu’on lise ses insignes.
- Bleu foncé : la majorité des armes et services.
- Rouge : les parachutistes.
- Bleu roi : l’aviation légère de l’armée de Terre.
- Vert : la Légion étrangère.
- Béret alpin : les troupes de montagne, dont les chasseurs alpins. Plus large que les autres, il porte le nom de tarte, et sa couleur varie : bleue, jonquille, noire, voire blanche.
Le béret noir distingue le 501e régiment de chars de combat et le 16e bataillon de chasseurs à pied. L’insigne de l’arme ou de l’unité se porte à droite du béret, et seuls les officiers généraux y fixent leurs étoiles.
Le képi blanc et les tenues de tradition
La Légion étrangère défile en tenue de tradition. Les militaires du rang y portent le képi blanc, les épaulettes vert et rouge et la ceinture de laine bleue. Officiers, sous-officiers et caporaux-chefs les plus anciens portent un képi noir.

D’autres formations ont gardé leur tenue de tradition, rangée dans les codes T33 à T35. Les troupes de montagne sortent une tenue blanche. Le 1er régiment de spahis porte le burnous, héritage de la cavalerie d’Afrique.
Les troupes de marine arborent des épaulettes à franges : jonquille pour les marsouins (l’infanterie de marine), rouge écarlate pour les bigors (l’artillerie de marine). Quant aux élèves de Saint-Cyr, ils défilent en Grand Uniforme, coiffés du shako surmonté du casoar, un plumet de 150 plumes blanches et rouges.
Porter une tenue militaire hors de l’armée
Airsoft, Milsim, collection : la tenue a plusieurs vies dans le civil. Pour jouer, des effets de style militaire sans insigne réglementé suffisent : le képi, les insignes réels et les attributs de tradition restent à ceux qui y ont droit. Pour le reste de l’équipement de terrain, voyez comment s’équiper pour une journée d’airsoft.
Avertissement de L’Escadron : Le Code pénal distingue deux situations. Revêtir en public, sans en avoir le droit, un uniforme ou une décoration réglementés par l’autorité publique, ou user d’un insigne réglementé, expose à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende (article 433-14). Une tenue assez proche de celle des militaires pour qu’un passant s’y méprenne relève de l’article 433-15 : six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende. Aucun des deux articles ne prévoit d’exception pour un terrain de jeu.
Chaque tenue a sa circonstance
Revenez au programme affiché dans le couloir. T31 lundi, T41 le reste de la semaine : l’engagé sait désormais pourquoi les deux lignes renvoient au même treillis. La T21 et la T22 viendront avec la vareuse, à la fin de sa période probatoire. Derrière chaque code, l’instruction relie une tenue à une circonstance précise.
Le BME remplace un camouflage en service depuis trente ans ; les codes, eux, restent ceux de l’instruction. Les bérets, les képis et les tenues de tradition ajoutent une autre lecture, plus ancienne, celle de l’unité. Reste à comprendre comment les unités s’emboîtent : un prochain article décrira l’organisation de l’armée de Terre, du groupe au régiment.
