Fin de journée, le ciel tourne au gris. Vous avez repéré deux troncs solides, posé le sac à leur pied, puis sorti la bâche, le hamac et la cordelette. La faîtière doit tenir à hauteur de taille avant la pluie, et vos doigts commencent à refroidir : chaque passe de corde vous demande un peu plus d’attention. Reste à savoir quels nœuds de bivouac faire, et à quel endroit.
L’essentiel : Les nœuds de bivouac désignent les nœuds qui servent à monter un abri avec une simple cordelette. Ils permettent d’amarrer une corde à un arbre, de la tendre, d’y poser une bâche, de régler un hauban et d’accrocher un hamac. Six nœuds y suffisent : le tour mort et deux demi-clés, le camionneur, le Prusik, le tendeur, le cabestan et la chaise.
Comment tendre une bâche entre deux arbres ?
Tendez d’abord une faîtière : une cordelette amarrée au premier tronc par un tour mort et deux demi-clés, puis tendue au second par un nœud de camionneur. Posez ensuite la bâche dessus et accrochez-la par des nœuds de Prusik. Pour choisir les troncs et l’ordre de montage, voyez comment monter son abri au bivouac. Voici les nœuds dans l’ordre où vous les faites.
Le tour mort et deux demi-clés

Passez le bout libre (l’extrémité que vous manipulez) deux fois autour du premier tronc. La corde l’encercle alors complètement : c’est le tour mort. Il retient la traction pendant que vous nouez, et la corde ne file plus entre vos doigts. Passez ensuite ce bout autour de la partie tendue (celle qui part vers l’autre arbre), puis dans la boucle ainsi formée. Serrez : voilà une première demi-clé.
Recommencez dans le même sens pour la seconde demi-clé, et serrez encore : ensemble, les deux demi-clés forment un cabestan autour de la partie tendue. Vous retrouverez cet amarrage plus bas, pour pendre un hamac sans sangle.

Photo : Der Barbar, Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0.
Le nœud de camionneur
Avant le second tronc, pliez la partie tendue en ganse (une portion de corde repliée en boucle, sans nœud). Bloquez cette ganse par un nœud en huit. Vous obtenez une boucle fixe au milieu de la corde. Laissez-la à distance du tronc : il vous faut de la longueur pour tirer.
Passez le bout libre autour du second tronc. Revenez ensuite le passer dans cette boucle, puis tirez-le vers le tronc. La corde coulisse dans la boucle et démultiplie votre effort, comme un palan. Gardez la tension et bloquez par deux demi-clés autour de la corde, juste sous la boucle.

Photo : USCG PTC Developer, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.
Pour la dernière demi-clé, passez une ganse à la place du bout : le nœud devient gansé. Tirez sur le bout libre, la boucle coulisse et le nœud se défait, sur le même principe que la boucle de vos lacets, qui ferme le laçage des rangers.
L’astuce de L’Escadron : Faites aussi la dernière demi-clé du tour mort avec une ganse. Au démontage, un coup sec sur chaque bout libre défait tout, même avec des gants, et la cordelette revient entière dans le sac, sans un nœud à couper.
Le nœud de Prusik

Prenez une cordelette fermée en anneau, plus fine que la faîtière. Passez l’anneau autour de la ligne, puis à l’intérieur de sa propre boucle. Faites-le trois fois, en rangeant les tours côte à côte, et serrez. Reliez ensuite la boucle qui pend au point d’attache du bord de la bâche.

Photos : Stewart Adcock, assemblage L’Escadron sous la même licence, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.
C’est un nœud autobloquant : vous le faites glisser à la main le long de la ligne, et dès que la bâche tire dessus, il se bloque tout seul, dans les deux sens. Tirez sur le bord de la toile pour vérifier qu’il ne bouge plus.
Le nœud de Prusik doit son nom à l’alpiniste autrichien Karl Prusik, qui l’a inventé en 1931. Posez-en un de chaque côté de la bâche, puis réglez-la le long de la ligne sans rien dénouer.
Quel nœud pour régler un hauban ?
Sur un hauban, la cordelette qui relie la bâche à son piquet, faites un nœud tendeur : il coulisse à la main et tient dès qu’elle tire. Pour fixer vite une corde sur un piquet ou une branche, prenez le nœud de cabestan.
Le nœud tendeur

- Passez le bout libre autour du piquet et remontez-le le long de la partie tendue, vers l’abri : la cordelette forme une boucle autour du piquet.
- Faites deux tours autour de la partie tendue en descendant vers le piquet, à l’intérieur de la boucle.
- Remontez au-dessus de ces deux tours et faites une demi-clé autour de la partie tendue, à l’extérieur de la boucle, dans le même sens.
- Serrez, puis faites glisser le nœud le long de la partie tendue pour régler la tension.

Photos : Chris 73, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.
Réglez-le sans jamais le défaire. Si la pluie a détendu la toile au milieu de la nuit, faites glisser le nœud et retendez, à tâtons s’il le faut. Au froid, vos doigts perdent leur précision bien avant d’avoir mal : pensez à protéger vos mains du froid dès la tombée du jour.
Sur une cordelette raide ou glissante, faites trois tours au lieu de deux : avec deux, le nœud peut céder. Une charge trop forte peut aussi le faire glisser : avant la nuit, tirez sur chaque hauban à la main. Vous le retrouverez sur les haubans d’une tente, son usage le plus courant.
Le nœud de cabestan
Passez le bout libre autour du piquet. Croisez par-dessus la partie tendue et faites un second tour. Glissez le bout libre sous ce second tour, puis serrez. Il porte aussi le nom de deux demi-clés à capeler.

Photo : USCG PTC Developer, Wikimedia Commons, domaine public (CC0).
Vous le nouez vite, et vous le défaites sans peine après une nuit sous tension. Pour une cordelette qu’il faudra régler dans la nuit, revenez au tendeur.
Note de L’Escadron : Le cabestan peut se desserrer quand la tension se relâche, ce qui arrive à une cordelette qui bat au vent. Il peut aussi glisser. Ne le laissez pas seul : doublez-le d’une demi-clé autour de la partie tendue.
Comment accrocher un hamac à un arbre ?
Passez une sangle large autour du tronc, puis attachez la corde du hamac à la boucle de la sangle par un nœud de chaise. Sans sangle, amarrez la corde directement autour du tronc, comme la faîtière : un tour mort, puis deux demi-clés. Faites de même au second arbre.

La sangle et le tronc
Une sangle large répartit la pression sur l’écorce, là où une corde fine la serre sur une ligne étroite. Choisissez deux arbres vivants et solides.
Le nœud de chaise
Ce nœud forme une boucle fixe au bout d’une corde. Cette boucle ne coulisse pas sous la traction, et vous dénouez pourtant le nœud facilement, même après une forte tension. Passez d’abord le bout de la corde du hamac dans la boucle de la sangle. Faites ensuite le nœud avec ce bout.
- Formez une petite boucle dans la partie tendue, en laissant assez de bout libre pour la grande boucle voulue.
- Passez le bout libre dans cette petite boucle, comme pour commencer un demi-nœud.
- Faites-le passer derrière la partie tendue.
- Redescendez-le dans la petite boucle, par où il est monté, puis serrez en tirant la partie tendue.

Dessin : Luis Dantas, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.
La grande boucle tient alors la sangle. Le nœud de chaise a une limite : la tension qui va et vient peut le faire glisser jusqu’à le défaire. Laissez donc un bout libre suffisant. Avec un peu d’habitude, vous pouvez faire ce nœud d’une main.

Avertissement de L’Escadron : Ces nœuds tiennent une bâche, une tente, un hamac pendu bas. Aucun ne sert à vous assurer, ni en escalade, ni pour descendre sur une corde, ni en hauteur. Ces usages demandent un matériel et une formation encadrée. Avant de vous installer dans le hamac, regardez au-dessus de vous : aucune branche morte.
Une bâche tendue avant la pluie
Les premières gouttes tombent sur une toile déjà tendue. La faîtière court d’un tronc à l’autre, raidie par le camionneur, et la bâche repose dessus, tenue par ses deux Prusik. Aux coins, les haubans tirent sur leurs piquets, chacun réglé par son tendeur.
Sous la bâche, le hamac pend bas entre ses deux sangles. Vous avez fait chaque nœud une fois, à sa place, avant que le froid n’engourdisse vos doigts.
Vous vous glissez enfin dans le hamac, rangers délacées, et remontez le sac de couchage jusqu’au menton. Au-dessus de vous, la pluie crépite sur la toile tendue et file vers les coins. Pour la première fois depuis le matin, vos mains n’ont plus rien à faire.
