Fin de matinée sur une piste sèche. Un véhicule arrive en sens inverse et soulève un nuage de poussière fine. Elle colle aux lèvres et pique les yeux.
Le marcheur ne ralentit pas. Son chèche militaire est porté au cou depuis le départ. Les pans sont noués sur la nuque, la pointe du triangle posée sur la poitrine.
Il saisit le bord du tissu à deux mains et le remonte sur le nez. Second geste : il le cale sous les yeux, bien à plat sur les pommettes. La poussière passe sur lui pendant qu’il garde le même pas, la bouche à l’abri.
Le nuage retombe, et le pan redescend d’un geste. Rien de compliqué dans cette manœuvre. Encore faut-il un nouage qui reste en place du premier au dernier kilomètre.
L’essentiel : Le chèche militaire désigne un voile de tête hérité du Sahara. On le noue sur la tête, le visage et le cou contre le soleil, le sable et le vent. Le voile traditionnel mesure de quatre à huit mètres de long. En français, le mot désigne aussi un foulard plus court, souvent un grand carré qui se plie en triangle.
À quoi sert un chèche sur le terrain ?
Le chèche protège la tête, le visage et le cou du soleil, du sable, de la poussière et du vent. Il sert aussi l’hiver, noué en tour de cou.
Du Sahara à l’armée française
Dans le désert, le voile s’enroule sur la tête et le visage. Il protège du soleil et du vent sec. Des unités de l’armée française en poste au Sahara l’adoptent à leur tour, notamment les tirailleurs et les légionnaires.
Les spahis en donnent un exemple précis. Le musée de l’Armée, qui présente l’uniforme du 1er régiment de spahis algériens, décrit le guennour des cavaliers recrutés en Algérie : une coiffe en dôme recouverte d’un chèche et tenue par une corde en laine de chameau. Ils l’adoptent sous l’uniforme fixé par le règlement de 1858. Aujourd’hui encore, spahis et tirailleurs ont leur tenue parmi les tenues de tradition de l’armée de Terre.
Soleil, sable et poussière
Noué sur la tête, le chèche couvre la nuque et les oreilles. Relevé sur le nez et la bouche, il arrête le sable et la poussière qui volent. Au passage d’un véhicule ou dans une rafale, le tissu reçoit le sable avant vos lèvres.
Les yeux, eux, restent en plein soleil, car le tissu s’arrête au front. Avec la tenue de combat, l’instruction de l’armée de Terre sur les tenues prévoit d’ailleurs le casque ou le chapeau de brousse. Pour mettre les yeux à l’ombre, ajoutez un couvre-chef à bord et gardez le chèche dessous, sur la nuque et le bas du visage.
Le vent et le froid
Par vent froid, le carré noué en tour de cou ferme l’espace entre le col de la veste et le menton. C’est le même tissu que vous portez contre la poussière. Pour le bonnet, la cagoule et l’ordre des couches, voyez comment protéger la tête et le cou du froid.
L’astuce de L’Escadron : Portez le chèche en tour de cou dès le départ, pans noués sur la nuque, plutôt que de le ranger dans une poche. Quand le vent ou la poussière arrive, remontez le triangle avant sur le nez. Deux gestes suffisent, sans rien dénouer, et le chèche sert dès la première rafale.
Comment nouer un chèche ?
Tout dépend de sa forme : le carré se plie en triangle et se noue derrière la tête. Le chèche long s’enroule autour de la tête, et son dernier pan vient couvrir le bas du visage. Regardez donc d’abord ce que vous avez entre les mains : un carré ou une longue bande.
Le même carré se porte de plusieurs façons : roulé autour de la tête, noué au cou, ou posé sur la tête comme une capuche, sans être roulé. Dans ce dernier cas, il couvre aussi la nuque, et son pan avant se referme sur le nez et la bouche.

Le chèche carré, plié en triangle
Ce nouage couvre la tête et le bas du visage en six étapes. Tirez fermement sur chaque pan : un nouage lâche glisse avant la fin de la marche.
- Pliez le carré en triangle, d’un coin à l’autre.
- Posez le grand côté plié sur le front, entre la naissance des cheveux et les sourcils, la pointe tombant dans le dos.
- Passez un des deux pans sous le menton et tirez-le fermement vers l’arrière de la tête, en gardant l’autre pan tendu.
- Ramenez l’autre pan devant le visage, bord supérieur sous les yeux et au-dessus de l’arête du nez, puis vers l’arrière de la tête.
- Nouez les deux pans derrière la tête.
- Ajustez le tissu pour qu’il couvre le haut de la tête et le bas du visage.
Note de L’Escadron : Pour parler ou boire, baissez le pan du visage sous le menton au lieu de tout dénouer. Le reste du nouage tient sur la tête, et le pan reprend sa place dès que vous le relevez.
Pour le porter au cou, pliez le carré en triangle et placez la pointe devant, sur la poitrine. Passez les deux pans derrière le cou et nouez-les sur la nuque, sans serrer la gorge. Ces pans noués sur la nuque laissent le triangle avant libre : il se remonte d’un geste sur le nez et la bouche.
L’Américain Creek Stewart, instructeur de survie, montre ce nouage sur la tête geste par geste :
Le chèche long, enroulé autour de la tête
Ce nouage demande une bande de plusieurs mètres. Posez le tissu sur la tête en laissant pendre un pan dans le dos, puis vrillez fermement la partie avant sur le crâne. Enroulez-la une ou deux fois autour de la tête et coincez son bout à l’arrière.
Ramenez enfin le pan resté dans le dos devant le visage, puis coincez-le sous les tours, de l’autre côté : il couvre le nez et la bouche. Comptez plus de temps qu’avec le carré, surtout les premières fois, et reprenez le vrillage s’il se relâche.
Le masque contre le sable
Le masque consiste à remonter un pan du chèche sur le nez et la bouche, en laissant les yeux libres. Placez son bord supérieur juste sous les yeux, au-dessus de l’arête du nez. Noué sur la tête, le chèche forme ce masque à l’étape 4, quand le second pan passe devant le visage. Au cou, remontez le triangle avant sur le nez.
Relevé, ce pan couvre aussi la peau du visage, qui renvoie la lumière. Les techniques pour progresser sans être vu traitent ce reflet en détail.
Avertissement de L’Escadron : L’article 1er de la loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 dispose : « Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. » Selon son article 2, l’espace public est « constitué des voies publiques ainsi que des lieux ouverts au public ou affectés à un service public ». La circulaire du 2 mars 2011 précise qu’il n’est pas nécessaire que le visage soit intégralement dissimulé. Tout vêtement ou accessoire qui rend l’identification impossible est visé. L’infraction est punie de l’amende des contraventions de la deuxième classe, soit 150 euros au plus.
Quel chèche choisir ?
Choisissez d’abord la forme, selon l’usage que vous en ferez. Viennent ensuite la matière, puis la couleur du terrain où vous le porterez.
La forme et la longueur
Le chèche long enveloppe la tête entière, au prix d’un nouage plus long à faire. Le carré se noue vite et se porte aussi au cou ; on l’appelle aussi foulard militaire, ou shemagh.
Un carré se juge au nouage complet. Plié en triangle, il doit faire le tour de la tête, couvrir le visage et laisser de quoi nouer derrière. Faites l’essai avant de partir.
La matière
Le chèche en coton boit la sueur et respire, mais il sèche lentement. Le synthétique, comme le polyester, est léger et sèche vite. Les mélanges de coton et de polyester existent aussi.
La couleur

Choisissez la couleur du terrain où vous le porterez. En milieu sec et aride, le sable ou le beige se fondent dans le paysage. Dans la végétation, passez au kaki ou au vert. Porté au cou toute la journée, le chèche reste visible, et sa couleur compte autant que celle de la veste.

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Retour sur la piste de fin de matinée. Le véhicule est loin, la poussière retombe sur les bas-côtés, et le marcheur rabaisse son pan d’un geste. Tout tient dans un carré plié, noué autour du cou, et deux mouvements appris une fois pour toutes.
Entraînez-vous chez vous, devant un miroir, jusqu’à nouer le carré sur la tête sans regarder vos mains. Reprenez ensuite le nouage au cou, puis le masque, jusqu’à les enchaîner les yeux fermés. Le jour où la poussière se lève, vos mains sauront déjà quoi faire. Un prochain article traitera d’un autre geste de base avant le départ : comment lacer et ajuster ses rangers.
